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Retour au bercail

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Dixie Quinn
Pourquoi tu regardes mes cuisses au juste ?
Féminin
Métier : Gérante du bordel "La Rainette Rouge"
Localisation : Khalem
Début de l'aventure : 06/07/2017
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Mer 2 Aoû - 10:30
Perchée sur une poutre, un goéland croassait en direction du jeune garçon comme pour lui signaler qu'il était assis sur sa bitte d'amarrage. D'un air digne, le garçon aux cheveux courts gardait ses deux iris noirs sur l'horizon, agitant simplement son poing vers l'animal dans l'espoir de le chasser.

Aujourd'hui n'était pas le jour des jeux. Aujourd'hui ne serait pas le jour où le volatile aurait le croupion farci d'une pierre de son lance-pierre. Aujourd'hui, il avait une mission. Une de celles pour laquelle il pouvait sacrifier quelques passe-temps. Aujourd'hui, c'était son tour et avec un peu de chance, il serait celui qui annoncerait la bonne nouvelle. Il en bombait déjà le torse dans son rêve d'être l'élu. Ce serait si bien de voir les grosses brutes ravaler leurs brimades, de les voir baver de jalousie devant lui. Ce serait si chouette de ne plus être parmi la bande des bons à rien, de pouvoir prouver qu'il pouvait être bon comme vigie. Que lui aussi pouvait être pris comme mousse sur un de ses fabuleux navires qui quittaient le port.

Alors, il restait planter sur ce bollard de bois, un genou sous son menton et à l'ombre de quelques caisses vides, à regarder tranquillement l'océan. Insensible au brouhaha environnant. Ni les cris des pêcheurs, ni les rondes joyeuses des chiens semi-errants, ni le rire des putains n'arrivaient à le perturber.

Comme annonçant un changement, une brise se leva et lui caressa les joues tendrement. Un souffle frais sous la chaleur. Une respiration marine. De quoi le sortir de ses fantasmes de gamins. Soudain, il se redressa et tendit tout son corps en avant comme si ce simple geste lui permettait de faire mieux le point sur ce qu'il devinait au loin. Oui, c'était bien ça... C'était bien un brick aux voiles grises. C'était bien un crâne ailé. Réalisant enfin sa découverte et le coeur battant, il sauta de son perchoir et fila entre les badauds comme un boulet de canon.

Installée à une table du bar, Dixie étouffa un bâillement d'une de ses mains délicates. Un signe précurseur de l'ennui qu'elle ressentait devant la plainte plus ou moins légitime de Cécile. Kahlie avait encore déchiré un jupon de dentelles fines et une autre fille se plaignait de douleurs abdominales. A quand avaient-elles le droit à de nouvelles affaires ou à un bon médecin? Des réponses évasives n'avaient plus l'air de satisfaire son bras droit féminin. Alors un soupir s'échappa de ses lèvres.

- J'entends bien, Cécile... De nouveaux jupons et un soigneur. Il est vrai que toutes ces choses sont particulièrement simples à trouver sur notre île..., lui répondit-elle d'un ton narquois. Tu m'aurais demandé une meilleure girgote, tu l'aurais eu dans l'heure. Mais là...

- Je m'en rends compte, M'ame Dixie... Mais je sais aussi que vous avez le bras long... Alors je m'dis que si y a quelqu'un qui peut, c'est bien vous...

Devant la flatterie de la putain, Dixie lui lança un regard torve. Juste avant de rejeter une de ses mèches rousses derrière son épaule dénudée.

- Tu ne perds rie...

Le bruit de la porte se fracassant sur le mur, l'arrêta en plein élan et la fit se retourner, une main déjà sur le mousquet qu'elle portait à la ceinture. Reconnaissant le nouvel arrivant, sa main se détendit et quitta la crosse alors qu'un sourire naissait sur le visage.

Essoufflé le gamin ne la quittait pas des yeux lors que ses mots restaient encore bloqués dans sa gorge. Avec un effort quasi surhumain tant il avait le souffle court, il lui lança:

- Il est là! Il rentre au port. Le Chien de Mer va bientôt accoster.

Pendant quelques secondes, il y eut un flottement où personne n'osa bouger ou parler ou même respirer. Le temps qu'un ange blond passe... Juste avant que la Reine ne se dresse sur ses jambes interminables et lance ses ordres.

- Vous savez ce que cela signifie?! Des clients assoiffés de tout. Cécile, assure toi que toutes les grenouilles soient lavées et apprêtées. Aylynn, mets toi à tes fourneaux et prépare un de tes fameux plats. Ne lésine pas sur les pâtisseries et autres douceurs. Je suis certaine qu'ils n'ont pas dû en avoir beaucoup en mer. Cormick, vérifie les tonneaux de grigote et je te veux en salle ce soir. Ils risquent de boire plus que de raison et je ne veux que des débordements contrôlés. Louise. Avec moi!

Aussitôt dit, aussitôt fait. Tout le monde vaqua à leurs propres occupations. A tel point que dans ce tourbillon de frou-frou, Dixie en avait presque oublié l'heureux messager. Heureusement, elle faillit buter contre lui dans son empressement à rejoindre sa chambre. Le regardant des pieds à tête, elle lui dédia son plus beau sourire. Un de ceux qui font tourner les têtes à tous ses furieux pirates.

- Tu as quel âge, mon mignon?
- 13 ans, M'ame.
- Je vois... Va donc avec Aylynn en cuisine et dis lui que tu viens de gagner une de ses tartes et une bouteille de girgote. Reviens dans deux jours et t'auras le droit de goûter à une de mes grenouilles.

Le gamin ne demanda pas son reste, trop alléché par son gain et peut-être légèrement intimidé par cette jolie dame qui le suivit du regard. Elle souriait toujours, se demandant ce qu'il allait faire de sa bouteille. Allait-il la boire en un seul coup ou allait-il la monnayer? Serait-il une tête brûlée ou un fin calculateur? Seul l'avenir le lui dira...

D'un pas décidé, elle se dirigea vers l'escalier menant à ses appartements, sa bonne sur les talons...

Connaitre le moment où les marins arrivaient au bordel, n'était pas très difficile. Il suffisait de tendre l'oreille. Alors, il fut aisé pour Dixie d'apparaitre sur les premières marches de l'escalier lorsque l'équipage du Chien de Mer débarqua chez elle. Une position en hauteur qui donnait tout le temps aux hommes de pouvoir admirer sa plastique impeccable et justement mise en valeur par son petit corset noir et ses cuirs ajustés.

Un sourire charmeur récompensa chaque oeil se perdant sur ses lèvres pleines, sur le noeud du lacet qui retenait à peine sa chemise sur ses adorables seins et sur ses hanches dansantes au rythme de sa lente descente. Un spectacle qui les laissait généralement pantois après tant de jours en mer. Un spectacle qui faisait chanter son coeur tant elle aimait tous ses regards envieux.

Hélas, s'ils ne la quittaient pas du regard, ses iris à elle n'arrêtaient pas de papillonner, allant d'un visage à un autre, en cherchant un en particulier. Un visage familier, attendu, désiré. Ne le trouvant pas, elle dut étouffer et cacher le pincement au coeur qu'elle ressentit.

Alors elle se mêla à eux pour les guider au petit salon où les attendaient toutes ses petites grenouilles endimanchées.

- Bienvenue à la Rainette, Messieurs. Prenez celle qui vous tente et n'oubliez pas de me la rendre entière, annonça-t-elle d'une voix suave, son sourire toujours accroché à ses lèvres. Quel dommage que le coeur n'y était plus. Elle aurait pu s'en prendre un pour elle, le laver et s'amuser un peu. Après tout, elle n'aurait rien fait de mal. Il aurait été le plus heureux des hommes. Alors lorsqu'un marin venait vers elle pour la choisir, elle le repoussait gentiment vers une de ses filles, l'encourageant à en prendre une, vantant ses qualités esthétiques ou ses compétences.

Lentement, le petit salon se vidait et lorsque tous ces hommes trouvèrent chaussures à leurs pieds, elle poussa un soupir mi-déçu mi-satisfait. Juste avant de se retourner pour rejoindre le bar et de percuter un torse virile dans son élan. Les deux mains à plat et le nez dans la chemise de cet homme, elle fit soudainement enveloppée dans un parfum qu'elle ne connaissait que trop bien. Un mélange d'iode et de musc avec un arrière goût de fer. Une odeur qui lui monta à la tête en un instant. Une odeur qui lui fit lever la tête pour voir son visage.

- Que...? Drystan?... Drystan!

Le reconnaissant pleinement, elle lui entoura le cou de ses bras et le serra contre elle de toutes ses forces. Elle était si heureuse de le voir qu'elle ne pouvait s'empêcher de sourire et de lui embrasser le cou.

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