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et jamais je ne pleure et jamais je ne ris •• ashorr

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Sahar
Pas chère, pas chère !
Féminin
Métier : prostituée
Localisation : athalie
Début de l'aventure : 05/07/2017
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Mer 12 Juil - 14:51
Dans le grondement du port, Sahar s’était perdue, entre les caisses pleines de trésors et les cargaisons de poissons que l’on déchargeait sur les quais. Elle déambulait au milieu des marins et des marchands qui criaient et fredonnaient en cœur des mélodies de leurs patries. Il était vrai qu’en ce cycle de la Chasse et des Récoltes, les docks d’Athalie s’enfiévraient d’odeurs et de couleurs, bouillonnaient d’une agitation où circulaient des pierres précieuses extraites du fin fond du continent, des animaux fantastiques venus de loin et des hommes de plus loin encore. Certains sentaient la rosée de l’aube des collines aux pentes douces et d’autres avaient la peau rugueuses des interminables hivers mais, tous semblaient porter au fond de leur cœur la mélancolie des trop longs périples. Elle savait Sahar parce que parfois, certains parlaient de la famille qui les attendait ou des champs de blés qui se balançaient au rythme de la brise. Et au fond, elle ne la connaissait que trop bien cette tristesse, cela faisait bien longtemps qu’elle était en voyage.

Alors, elle errait comme tous les autres jours – au début on essayait de garder le compte mais, très vite les journées se confondaient. Elle aurait pu partir, elle aurait dû mais, pour aller où ? Athalie était sa maison, sa prison et il semblait parfois qu’elle s’y était si effacée qu’elle avait fini par appartenir aux murs en terre cuite et aux ruelles étroites, que la ville avait avalé son cœur entre ses racines.

Sahar continuait d’attendre, entre deux clients, un de plus, un de moins, affublée d’un sourire charmant et mécanique. Il suffisait de faire tourner quelques boutons et de tendre quelques ficelles pour sourire même quad on avait cœur était amer. Cela s’apprenait, comme tout le reste. Parfois, elle essayait de capter quelques regards en ondulant exagérément les hanches, elle répondait d’un rire tout doux et de mots rieurs. Ce n’était pas grave si elle n’était pas la plus jolie de toutes façons, tant qu’ils payaient, peu importe s’ils étaient grands ou petits, vieux ou jeunes, beaux ou laids – ils l’étaient tous, laids. Elle n’était pas difficile, elle avait faim alors, elle ne disait jamais non.

Et de temps à autre, elle s’arrêtait pour regarder la mer, pour écouter le ressac se briser contre les pontons en pierre. La mer qu’elle avait un jour trouvé si jolie à l’ombre des palmiers, la mer qui avait illuminé des étoiles dans ses yeux mais, finalement la mer était aussi fade que le reste et ce temps si lointain qu’elle en avait oublié les détails.

Soudain, Sahar sentit une main agripper son épaule alors, elle avait remonté son plus joli sourire et s’était retournée en faisant voltiger ses longs cheveux. On ne crachait jamais sur un client.
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Ashorr
Dans une autre vie, j'étais un arbre.
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Métier : couseur de cuir
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Début de l'aventure : 07/07/2017
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Mer 12 Juil - 20:08
Cette main c’était la mienne… pourquoi je la posais sur l’épaule de cette fille ? Parce que j’en avait été ému, en passant là, soudain, en la voyant. Pourquoi ? Comment ? Est-ce que ça servait à quelque chose ? Quand je ressens ce genre d’intuition impérieuse, incongrue même parfois, je n’écoute plus ce genre de questions qu’agite le mental. Je la suis sans discuter, et, en général, elle me mène toujours à quelque chose de beau ou de bon pour la Vie. A condition de se taire et de l’écouter, vraiment. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais pu encaisser la prostitution. Je paierai jamais pour ce qui se partage par amour ou au moins par plaisir. Je n’ai jamais pu m’y résoudre. Je puis faire l’amour à une femme qui travaille pendant que je m’amuse avec ce qu’elle a de plus intime, l’obligeant à fuir au plus profond de son imaginaire, à se dissocier intérieurement, pour endurer son sacrifice… Un sacrifice qui l’avilit autant qu’il avilit ceux qui en usent…  le commerce de l’intimité ne profite à personne, quoi qu’on en dise et en prétende pour le justifier. Il suffit de constater que personne, oh non, personne, n’a jamais rencontré de prostituée heureuse et épanouie… Mais mon opinion n’a rien à voir là dedans. Quelque chose m’a placé là, et poussé vers elle, si jeune, et pourtant déjà si marquée. Avec sa résignation triste, derrière laquelle on sent couver toute la colère que sa jeunesse gâchée.

J’avais acheté des dattes, j’en mangeai une en la regardant muet, récupérant ma main. Je lui tendis le reste, qu’elle se serve, en la fixant, sondant son regard. Rien en moi  ne la désirait, ni ne désirait rien d’elle. Ni son bonheur, ni son malheur, ni son corps, ni sa jeunesse,ni son salut. Elle ne pouvait pas manquer de le voir dans mes yeux. Je gardais un regard un brin espiègle, un reste de sourire au coin des lèvres, fruit de la confiance que j’avais dans l’instant qui me faisait aller vers elle, sans que je sache pourquoi. Il savait mieux que moi, l'instant. J’attendis qu’elle prenne une date, insistant d’un coup de menton, je savourais la mienne, prenant mon temps, en la fixant d’un regard qui disait qu’elle ne serait pas ma date. Que je ne mange que les dattes libres, qui s’offrent de leur plein gré, pas celles qui se vendent par désespoir. Puis je conclus, d’un murmure,
 
- Entre, faisons comme si. J’ai de quoi payer.
 
Je ne savais toujours pas pourquoi je faisais ça, mais, ni où j’allai comme ça. Je devais le faire, c’est tout… Mon coeur l’entendait ainsi. D’où le tenait-il ? J’ai cessé depuis longtemps de vouloir comprendre ses mystères. Il ne se trompe jamais. .

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Sahar
Pas chère, pas chère !
Féminin
Métier : prostituée
Localisation : athalie
Début de l'aventure : 05/07/2017
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Jeu 13 Juil - 19:36
C’était un homme, un comme tous les autres, elle en avait vu passer des hommes dans le genre noueux comme celui-là ou aux muscles dessinés par le travail impitoyable de la terre ou de la mer ou bien encore des grassouillets de leur bienheureuse opulence. Elle en avait croisé des jeunes ou des plus âgés, des hommes qui découvraient la vie ou d’autres qui l’avaient vécu. Il devait en avoir des histoires à raconter derrière sa toison grisonnante avait-elle songé.

Il mangeait des dattes et lui tendit le paquet d’un geste amical – non, il insista pour qu’elle se serve. Sahar haussa un sourcil de surprise, elle jeta un coup d’œil autour d’eux mais, personne ne semblait faire attention et après une hésitation, elle en piocha timidement une. Elle mordit dans la chaire ambrée du fruit, elle avait un goût de souvenirs et si elle avait fermé les yeux, elle aurait pu sentir l’odeur du désert sous les branches des dattiers.

« Entre, faisons comme si. J’ai de quoi payer. »

Ah, il était si étrange que Sahar n’était pas sûre de comprendre mais, elle avait souri parce que tant qu’il avait de quoi payer, c’était probablement le plus important. Elle lui indiqua du doigt une ruelle étroite, à l’ombre. Personne ne viendrait regarder après tout, tout le monde savait après tout quels genres d’affaires on y traitait.

« Par ici, nous serons tranquilles. »

Sa voix avait tremblé, un peu, elle avait vacillé tandis que la jeune femme avait attrapé la main de l’inconnu, rugueuse comme celle des anciens - il les lui rappelait un peu – pour l’emmener avec elle. Pourtant, Sahar ne pouvait pas chasser le doute, elle sentait une boule se former dans son estomac, elle était nerveuse, presque fébrile. Elle se sentait sur le qui-vive, méfiante. D’habitude, elle savait lire les hommes qui se présentaient à elle mais, lui, il avait la douceur de ses dates dans les plis de ses yeux et dans son sourire. C’était comme s’il n’était pas là pour ça. Et s’il ne l’était pas, alors, pourquoi ?

Arrivée au milieu de la ruelle, elle laissa glisser ses doigts jusqu’à son propre ventre et fit face à son mystérieux client. Sahar prit plus de temps pour le détailler dans la pénombre et pourtant malgré l’obscurité, ses yeux pâles semblaient trancher le noir. Elle avait beau chercher, sondé la moindre mimique, le moindre plissement, Sahar ne trouvait rien, n’arrivait pas à lire ses intentions et peut-être étaient-elles si simples qu’elle n’arrivait plus à y songer. Tout était si calculé à Athalie que même son sourire aguicheur flanchait sur ses lèvres.

« Qu’est-ce que j’peux faire pour te faire plaisir ? » Elle hésita. « Je suis à toi. »
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Ashorr
Dans une autre vie, j'étais un arbre.
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Jeu 13 Juil - 23:02
Elle pouvait bien s’escrimer avec ses souvenirs, elle ne devinerait pas… et pour cause, lui-même ne savait pas. Elle l’emmena, vers une ruelle, sous un ombrage bienvenu qui les extirpa du soleil direct pour un peu de fraîcheur. Mais il ne se voyait pas en plein air.

- Quoi ? Tu fais pas ça dehors quand même ? On n’en est pas là, si ?

Il savait ce qu’il voulait, même s’il ne le savait pas d’avance. En l’occurrence, ça manquait encore d’intimité, de tranquillité… son intuition n’était pas satisfaite. « Elle était à lui, » oui, ça… phrase rituelle, dérisoire… et bien triste. Triste si la rendait pas à elle-même. C’était ça, il était là pour ça... la rendre un instant à elle-même.

- Tu passes combien temps avec un client quand tu prends ton temps ?

Son hésitation trahissait son incapacité à deviner ses intentions réelles. Sans doute craignait-elle le pire alors,, d’expérience, une perversion particulière… un truc louche, insondable, comme les grands malades seuls en sont capables. Si c’était le cas, elle lui demanderait cher. Il soupira,

- T’en fais pas, il va rien t’arriver de fâcheux. Je suis pas de ceux qui font des trucs moches. Je Je ne te prends que du temps. Mettons-nous au calme, tu veux ?

Souligné d’un léger sourire sincère, d’une voix si simple et si paisible qu’elle ne pouvait pas douter. Elle douterait sûrement quand même, par acquis de conscience.  L’étincelle de révolte couvant au fond de son regard le trahissait. Elle n’était pas encore tout à fait brisée, tout à fait au  bout de ses forces et de ses espoirs, jeunesse oblige, au point de s’être résignée au pire en permanence… Il reprit une date. En fait de lui prendre du temps, il était en train de lui en offrir. A ses frais en plus. Il voyait ce qu’il était à son âge, il voyait ce qu’aurait pu être sa fille s’il en avait eu une. Elle aurait son âge. Et elle aurait pu elle aussi finir comme ça.

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